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El Capistrano

El Capistrano

Blog dédié à Jean-Marc Le Bihan...

13 sept. 2006

Que faut-il te dire

Les flics enferment avec la loi,
Les prisonniers font les hauts murs
Pendant que chantent les bourgeois
L'hiver s'annonce encore plus dur.
Dans des taudis restent les vieux
Emmitouflés dans un manteau
Ils se finissent devant le feu
Ils restent seuls avec leur peau.
Que faut-il te dire pour que tu comprennes
Pourquoi je t'aime ?

La vie est un champ de misère
Plus le temps passe, plus on détruit
Les hommes ont pollué la Terre
L'argent les pousse à la folie
Tout doit se faire avec violence
Les plus forts ont toujours raison
Plus de place pour l'innocence
Le monde entier est une prison.
Que faut-il te dire pour que tu comprennes
Pourquoi je t'aime ?

Et je regarde la terre entière
Infirme dans sa médiocrité
Là-bas on meurt, ici on crève
Je ne sais plus où regarder
Tes yeux pour moi sont le voyage
Le seul que je puisse espérer
je voudrais bien tourner les pages
Sur ce chapitre d'humanité.
Que faut-il te dire pour que tu comprennes
Pourquoi je t'aime ?

Alors j'enrage, alors j'enrage
Que me reste-t-il pour moi
Sur le noirci de toutes ces pages
Il ne me reste plus rien de toi
Ne peut-on pas m'laisser une ligne
je l'écrirai avec mon coeur
Tiens, j'en connais déjà le titre
Je t'aime éternel bonheur.
Tu n'as pas compris pourquoi je t'aime ?

Saint-Nazaire, novembre 1973 Avignon, juillet 1980

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12 sept. 2006

Jean-Marc

lebihan

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08 sept. 2006

AVIS

J' ai vu Jean Marc Le Bihan
il y a tout juste trois semaines,
et je tiens à préciser
qu'il n' a pas de site officiel pour le moment.

Tous les sites
que vous pouvez trouver sur le net,
sont ceux d'amis et d'admirateurs.

Merci.

Posté par elcapistrano à 15:54 - Commentaires [4] - Permalien [#]

02 août 2006

Ecoute le coeur des gens

Écoute !
Ecoute le coeur des gens qui chiale.
II est blotti depuis si longtemps au fond
d'eux mêmes qu'il ne sait plus quoi dire.
Ecoute, il n'y a pas les bons ou les mauvais,
le bien ou le mal. ll y a la vie.
La Sienne, celle qui nous fait du bien,
celle qui nous fait du mal.
II y a dans chaque être qui cherche son chemin autant
de coups de poings que de poignées de mains.
Ecoute !
II n'y a pas ceux qui sont tristes, ceux qui sont gais.
II y a des mots de détresse et des mots d'allégresse
II y a la tendresse qui se blesse à chaque amour naissant.
II y a la mort qui se presse, la vie qui se dresse,
l'Éternité, la Solitude.
Ecoute le coeur des gens qui chiale.
II est comme le tien, comme le mien, Ce
lui des uns, celui des autres.
II bat pour la beauté des choses.

Ecoute le coeur des gens !

(J.-M. Le Bihan - M. Ramillon/B. Giguet)

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01 août 2006

Lettre ouverte à mon chien

Je sais que tu m'écoutes, je sais que tu m'entends,
Je sais c'est pas facile de se taire si souvent,
Et malgré tes silences, compagnon de fourrière,
Je sais à quoi tu penses, mon frère.

Nos espoirs mis en cage, nos idées au parking,

Notre résignation à genoux sur le ring,
Notre sécurité, nos peurs et nos sanglots,
Notre vivre à moitié, notre soleil à l'eau.

Nous sommes des milliers, nous serons des milliards,
Fatigués, entassés dans le même corbillard,
Criant "chacun pour soi" et piétinant les autres,
L'argent, ce vieux bourgeois se conduit en apôtre.

Nous sommes trahis par nous, notre coeur en silence,
Nos révoltes à l'égout et nos intolérances,
De discours en discours l'imbécile impotent,
Ameute la basse-cour et se croit important.

Nous acceptons, nous plions, nous sommes démunis,
Notre fausse opinion devient un alibi,
Au son de vieilles idées, l'avenir nous baptise,
Nos nerfs sont fatigués et nos luttes se brisent.
Pauvre révolution, car tout est comme avant,

Le travail au patron et les marches en avant,
Siècle du capital, la vie se paye comptant,
Nous sommes misérables mais nous faisons semblant.

Crier, pleurer, rire à mourir de joie,
Ou se taire simplement, vivre chacun pour soi,
Faut-il cacher en soi l'espoir des retrouvailles,
Sortir une dernière fois les fusils de la paille.

Compagnons de fourrière, ami de toutes les peines,
Nous gueulerons l’amour, nous briserons nos chaînes,
Au ciel de nos douleurs, tendresses emprisonnées,
Rien n’a plus de valeur que notre liberté.

Si tu veux.

Lyon juillet 1984

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22 juil. 2006

Cocktail pour un XXe siècle

Entre les juges et les notables,
Les privilèges et les paumés,
Le non-confort, le confortable,
Les injustices, les justiciers.
Entre les querelles et les guerres,
Les oppresseurs, les opprimés,
Les civils et les militaires,
S'étend la vie au monde entier.

R. Mais y'a quand même des enfants qui s'aime
Et qui s'aiment tendrement.
Y'a quand même pendues au ciel
des étoiles depuis cent mille ans.

Pour ne rien dire, pour ne rien faire,
Pour laisser passer les années,
Civilisés et gens de terre,
Villes désertes, champs goudronnés,
Sur les trottoirs, en grande foule,
Se bousculent, s'écrasent les gens,
Elle sera surpeuplée la boule
Dans cinquante ans disent les savants.
R.

Entre les Ricains et les Russes,
Entre le reste et les chinois,
Entre les traités et les rustres
Qui font des guerres pour n'importe quoi,
Avec des yeux remplis de larmes
Comme des yeux d'enfants apeurés.
Et le pape de paix nous parle
Sur son trône de misère dorée.
Entre les peuples, les présidents,
Les élections, les révolutions,
Les salopards, les braves gens,
Le ciné, la télévision.
Les artistes et les réceptions,
Les yaourts et l'avortement,
La drogue et les petits bonbons,
Les naissances et les enterrements.
R.

Je sais qu'il y a de l'injustice,
Je sais que tout n'est pas pareil.
C'est ce que dit la politique,
C'est ce que voit Madame Soleil.
Faut-il que je prenne les armes,
Faut-il que je ne dise rien ?
Je ne peux pas sonner l'alarme,
Tous les gens n'y comprendraient rien.
Entre les juges, les diplomates,
Les philosophes et les banquiers,
Les vacanciers, les automates,
Les grosses villas, les bas quartiers.
Entre les jaunes et les rouges,
Entre les noirs et puis les blancs,
Elle va s'casser la gueule, la boule
Dans cinquante ans disent les savants.
R.

Jean-Marc Le Bihan
Bron,mai 1975. "Voyage dans l’imaginaire".


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20 juin 2006

Je suis un chat de gouttière

        "Les textes de ce livre sont seuls. Je veux dire qu'ils sont l’envie d'un homme fou, mais fou ! Rien ne s'explique, on n'explique rien. Les choses de la vie existaient bien avant nous; quand je dis «nous», je veux dire tous, mais tous. Enfant de passage, gosse tranquille, colérique aussi, mais d'une vraie colère. Il est vrai que chacun cherche une part de vie; il me faudrait cent mille oiseaux pour noircir cent mille pages, mais les oiseaux d'hier ne sont pas foncièrement ceux d'aujourd'hui. Si vivre ne sert à rien, rien ne sert à rien. Cela peut vous faire peur, mais c'est ainsi ! La vie ne se brade pas, à nous de la vivre comme nous voulons. Mes chansons sont des lieux communs, les suicidaires ne sont pas ceux que l'on croit.

Mes textes sont des histoires parfois vécues, elles viennent d'un regard sur les autres qui n'est que le mien. On ne voit pas tous les mêmes choses au même moment, à la même seconde. Toutes mes chansons ne sont pas foncièrement moi, mais elles expriment un désir de rencontre, elles sont les idées d'un homme seul qui ne peut pas vivre sans les autres. Ma solitude se peuple très vite de visages disparus, de pays âges jamais vus, comme un enfant qui se couche dans un pré, regardant le ciel, il se met à jouer avec les nuages; nuage devient un autre personnage. On ne peut pas vivre sans imagination. Malheur à ceux qui se moquent de l'enfance, qui ricanent devant un nez de clown, pauvres esprits sont-ils ! Rien n'est plus beau qu'un rire de gosse, rien n'est plus triste que ses larmes..,

J'aime les gens du voyage, plus que tout que le voyage soit imaginaire ou réaliste, du vagabond à la putain, de la vieille au vieillard meurtris, de l'espérance au désespoir, de la femme à î'homme, de Fez à Paris, de Moscou à Syracuse, d'un village perdu aux trottoirs du Brésil, d'un champ de blé à une terre en jachère, d'un océan à la source d'un ruisseau, et de celui qui meurt à celle qui va naître. La vérité ne peut mentir, mais il y a des mensonges qui sont des vérités. Si la poésie existe, elle ne sert à rien, elle le sait, cela l'arrange, car elle déteste le statut des vainqueurs, leurs monuments d'airain, leurs grands noms dans l'histoire, leurs plaques en avenues. La poésie aime les sentiers perdus, les chemins de traverse, la poésie est nomade, elle ne sédentarise pas ses idées, elle les sculpte au jour le jour comme un enfant fait d'un morceau d'écorce le plus beau et le plus libre des voiliers. Le vent. la pluie, la neige, le souffle du berger, l'oiseau, la nuit, le jour qui se lève en sachant qu'il faudra qu'il se couche, les amoureux enlacés sur leur couche, l'enfant qui te réveille la nuit et te demande de rester près de lui. L'ombre dans cette ruelle sombre qui avance seule en essayant de ne pas tomber. L'étrange regard de cet étranger dans un camp de rétention, je veux dire de concentration, qui se demande encore où sont les siens et pourquoi fallait-il les quitter. C'est dur de gagner son pain; ce policier qui frappe avec violence la tête de ce pauvre type qui n'a rien fait à personne. Pourquoi ce même policier, le soir, en rentrant chez lui, embrassera femme et enfant ?

Tous ces politiciens menteurs qui se forgent un pouvoir sur le déséquilibre humain, jusqu'à devenir des assassins de l'ordre, ces religieux faux prophètes qui n'ont rien dans la tête et qui se croient plus grands que Dieu et Dieu lui-même qui se croit grand. Pourquoi faut-il souffrir et pourquoi faire souffrir ? Au royaume des hommes devenus masochistes, cette tendresse errante sans frontière, sans papiers, dérange l'ordre établi. Nous sommes tous des errants. Il n'y a pas d'élus. Les races ne sont que les vêtements du corps, la pensée mise en tendresse est de toutes les couleurs, elle ne se soumet pas à la connerie universelle, au troupeau. La pensée est poésie, elle voyage sans drapeau, sans pays. Elle solitude l'homme pour le rendre à lui-même. Elle n'est pas un numéro ni un compte en banque, elle ne s'agenouille pas devant le pouvoir de l'argent, elle déteste les puissants, elle sait que toute action qui conduit à la destruction de l'autre est une infamie Elle est émigrante, cela fait cent mille ans qu'elle émigre, qu'elle dépasse tout horizon, elle ne sert à rien d'autre qu'à nous faire rencontrer. Nous sommes la pensée. Ce petit livre, si tu le gardes, mets-le dans ta poche, lis-le de temps en temps, cela te rapprochera de moi, je n'ai ni tort ni raison, je cherche sans savoir quoi chercher. Sache que mes chansons sont des petites chansons qui ne servent à rien, mais si elles peuvent t'aider, je suis le plus heureux des hommes. Je ne suis qu'un porteur de chansons, un griot de l'espoir, inutile en tout, mon indépendance pour vérité. Je suis un chat de gouttière."

Jean-Marc Le Bihan   

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14 avr. 2006

Annoncer la couleur

Elle peint comme un gosse qui court sur la place
Auprès des pigeons voyageurs
Elle peint comme un vieux clown qui se grimace
Pour qu'les enfants rient à plein coeur
Elle peint avec ses peurs et ses audaces,
Ses amours rires, ses amours pleurs.
Elle peint comme deux amoureux qui s'enlacent
Elle peint pour annoncer la couleur.

Elle peint la neige triste qui se meurt
Quand le printemps s'est réveillé
Elle peint l'oiseau blotti contre le coeur
De cet inconnu prisonnier
Elle peint un ciel qui se tord de douleur
Parc'que l'orage va éclater
Elle peint, elle peint toujours avec son coeur
Elle peint pour annoncer la couleur.

Elle peint avec des rêves qui se gouachent
Tissant les toiles au firmament
Elle peint son bel amour qui se détache
Les sanglots qu'elle garde dedans
Elle peint la liberté quand elle se fâche
Qu'elle crie des mots sans avoir peur.
Elle peint ses grands yeux noirs dont elle s'attache
Elle peint pour annoncer la couleur.

Elle peint, elle peint
Elle peint l'océan quand il ballade
Les mouettes au ciel de nos regards
Elle peint le balladin et ses ballades
Les rythmes fous de la guitare
Elle peint, elle peint le vent qui sans frontière
Souffle la vie et souffle encore
Elle peint pour que son geste soit lumière
Elle peint pour annoncer la couleur.

Elle peint la solitude qui l'enlace
Quand le pinceau guide sa main
Elle peint, elle peint, elle peint le temps
Qui toujours passe,
Elle peint les rides du chemin
Elle peint, elle peint et se sent si petite
La toile blanche, son coeur est fou
Elle peint et quitte à peindre toute sa vie
Même si le monde entier s'en fout.

Elle peint, elle peint
Elle peint et ne fais plus rien d'autre
Elle pense aux autres malgré tout
Elle peint les émotions qui sont les nôtres
Elle peint la vie qui est en nous.
Elle peint toutes nos envies quand elles se cachent
Les regrets de celui qui meurt
Elle peint, elle peint Chaplin et sa démarche
Quand il nous annonçait la couleur.

Elle peint comme un gosse qui court sur la place
Après des pigeons voyageurs
Elle peint comme un vieux clown qui se grimace
Pour qu'les enfants rient à plein coeur
Elle peint avec ses peurs et ses audaces,
Ses amours rires, ses amours pleurs.
Elle peint comme deux amoureux qui s'enlacent
Elle peint pour annoncer la couleur.

Jean-Marc Le Bihan

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02 avr. 2006

Femmes

Femme meurtrie dans ses entrailles,
Femme qui pleure l'enfant perdu
Femme égorgée par ceux qui tuent
Et qui sont fiers de leurs batailles
Femme éternelle sèche tes larmes
Femme à genoux ne prie plus
Au nom de celles qui se sont tues
Femme courage ! Femme courage

Femme qui navigue en quarantaine
Entre un divorce et dix chômages
Femme qui vit sans avantage
Et qu'on a mise en quarantaine
Femme mariée en triste noce
Trop jeune encore et sans savoir
Femme qui ne parle qu'à son miroir
Femme que l'on tient avec des gosses.

Tu es la fille du soleil
Tu marches seule avec la pluie
L'enfant qui contre toi sommeille
C'est ton enfance qui s'enfuit

Femme fardée au bras d'un homme
Sans jouissance sans un seul cri
Femme qui se donne à son mari
Qui voudrait dormir sans personne
Femme qui boit pour oublier
Les jours qui passent et qui s'enfuient
Toutes les journées où elle s'ennuie
Femme qui pleure sur l'oreiller

Femme vieillarde qu'on asile
Coeur outragé sans importance
Finir sa vie sans qu'elle commence
Femme isolée sans domicile
Femme qui meurt en Palestine
Vingt ans debout ! Face au bourreau
Femme qui meurt dans son bureau
Meurtrie cassée, femme anonyme.

Tu es la fille du soleil
Tu marches seule avec la pluie
L'enfant qui contre toi sommeille
C'est ton enfance qui s'enfuit

Femme adulée suite princière
Avec pour seule touche de vie
Le droit de briller de se taire
Prisonnière d'un faux paradis
Putain de luxe, sexe et combine
Cocktails pour banquiers inhumains
Pauvre suicide de Marilyn
Riche et célèbre, morte pour rien.

Femme révoltée, femme gavroche
Femme debout ! seule sur la piste
Femme qui repeigne son petit mioche
Comme dans un vieux film réaliste
Femme naissante sur cette terre
Fille de reine ou fille de rien
Vous êtes toutes au ciel des mères
Le rêve de tous les orphelins.

Tu es la fille du soleil
Tu marches seule avec la pluie
L'enfant qui contre toi sommeille
C'est ton enfance qui s'enfuit

Femme que j'appelle dans ma détresse
Petite étoile à mon destin
Lorsque mes rêves te caressent
J'ai le coeur qui touche le tien
Amour blessé, amour sans gloire
Amour tout seul au p'tit matin
Femme qui hante mon espoir
Femme qui a croisé mon chemin.

J.M. Le Bihan

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Rêve

Rêve de te faire l'amour comme si j'avais quinze ans,
Pudiquement velours, étrange sentiment,
Comme un gamin patient, caché sous l'escalier,
Qui attend tout tremblant sa voisine de palier.
La porte vient de s'ouvrir, gamin brûle tes yeux,
Les plus beaux souvenirs sont gravés par le feu,
Elle monte pas à pas, dévoilant ses dessous,
Gamin ne t'endors pas, elle est au rendez-vous.
Rêve...

Rêve de te faire l'amour, soleil et maraudeur,
Tout au fond d'une cour sordide et sans couleur,
Rêver de faire l'amour, comme ça de peur à peur,
Que ma main sans détours mouillera tes pudeurs.
Image sans limite, tu fermeras les yeux,
La folie qui m'incite peignera tes cheveux.
Tu me diras des mots que tu m'as jamais dits,
De la pute au salaud qui jouent la comédie...
Rêve...

Rêve de te faire l'amour, inquiet comme un voleur,
Guettant les bruits autour, tous les bruits d'ascenseur,
Chacun de tes murmures, frissonneront mon corps,
Je te clouerai au mur, j'invoquerai la mort.
A quelques pas de nous, une chatte en chaleur,
Collée à trois matous, criante de bonheur,
Des ombres dans la rue te feront hésiter,
Mouillante, ton refus sera ma liberté.
Rêve...

Rêve de te faire l'amour, par-delà le plaisir,
Dans un très vieux faubourg, impasse des soupirs,
Je serai insolant, brûlerai tes frontières,
Je serai l'Océan et tu seras la Mer...
Je plongerai cent fois et jusqu'à me noyer,
Je plongerai en toi, comme un aventurier,
Loin de toutes les morales, redevenu sauvage,
Baisant jusqu'aux étoiles, comme un vieil animal.
Rêve...

En toi, douce planète, redevenu petit,
Je me ferai poète, tu seras poésie.
Je me ferai caresse, soleillant nos sourires,
Nous ferons la tendresse jusqu'à nous endormir.
Et chacun dans not'rêve, voyageur insoumis,
Ma bouche sur ta sève, rêvant à l'infini,
Sublimant le voyage, loin des hommes et du temps,
N'avoir plus jamais d'âge, blottis comme deux enfants.
Rêve...

Rêve de te faire l'amour comme si j'avais quinze ans,
Pudiquement velours, étrange sentiment,
Comme un gamin patient, caché sous l'escalier,
Qui attend tout tremblant sa voisine de palier.
Rêve...

J.M. Le Bihan

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31 mars 2006

La misère et la mort

La misère c'est comme la mort
Moins on en parle, mieux on se porte.
Les mains tremblantes du vieillard,
C'est du ciné, une vieille histoire.
On ne va pas chercher plus loin,
II peut crever notre prochain,
Dieu le protège, j'y suis pour rien.
II peut crever notre voisin
Mais n'oublie jamais que le vieillard qui va mourir
II te ressemble...

La peur c'est comme le reste,
Faut pas jouer à ces jeux là.
On se protège avec son pèse,
Mais la peur ne s'achète pas.
Tu peux bien rire dans ton plastron,
Tout passe, un jour, tu passeras.
Tes os en terre se pourriront
Qu'tu sois curé ou avocat.
Alors pourquoi avoir si souvent oublié que le
vieillard qui t'implorait
Te ressemblait...

Femme sous tes fourrures et tes diamants
Se cache un corps qui s'est fàné.
Tu n'as jamais connu d'amants
Qui furent capables de t'aimer.
L'amour se donne sans réfléchir
Le fric ne peut pas l'acheter
On ne peut pas refaire sa vie,
On ne peut pas se repuceler
La vieille qui est morte de froid
Te ressemblait...

Malheur aux faiseurs de chansons,
La vérité, faut l'oublier.
Juste un peu de contestation
Pour se faire croire qu' tout va changer.
De clope en clope, de filles en filles,
Notre jeunesse part en fumée,
Et pour ne pas rater sa vie,
On se refait une beauté.
Mais n'oublie jamais que le vieillard qui fait la manche,
II te ressemble...

Montre ton cul à l'univers,
Tu sais il n'en rougira pas.
On se fout de tout, et tes vers,
Ils ne les écouteront pas.
Cache ton p'tit coeur et va dormir,
La vie ne peut pas être un rêve.
Va donc demander à tes amis
Qui donc y croit ! Qui donc y croit !
Donne une pièce au vieillard qui va mourir de faim.
Tu n'y peux rien...
Tu n'y peux rien !

(J-M. Le Bihan - D. Pardo)

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La vieille djellaba

Le vieil homme réfléchit
Assis face à la mer
Il voit son Algérie
Coeur sanglant sur la terre
Il a les larmes aux yeux
Marseille s’est endormie
Il vague comme il peut
Son bateau c’est l’esprit

Sa vieille djellaba
Il l’a toujours portée
Comme ton costume de soie
ton jean’s délavé
Et quand il a souffert
Aux rires des imbéciles
Son visage berbère
parlait toujours kabyle

Surtout ne l’oublie pas
Car tu es né de lui
Dans ta banlieue p’tit gars
Si un jour tu l’oublies
Tu auras tout perdu
Ton père, ta mère, ta terre,
Et si tu n’en peux plus
Repense à ton grand père.

Il est venu ici
Travailler pour le pain
Ses nuits, ses insomnies,
Ses soucis quotidiens
Sa vieille djellaba
elle les connait par coeur
Il venait de là-bas
il pleurait comme tu pleures

Quand je dis il pleurait
Il pleurait comme la pluie
je veux dire il disait
Tout ce qu’on a pas dit
Travailler pour le pain
s’éteindre de fatigue
Ton grand père comme le mien
Reste le meilleur guide.

La vieille djellaba
Toujours contre sa peau
Tu n’es pas de là-bas
Mais tu es de sa peau
Et les yeux du vieil homme
Tendus vers l’horizon
Ont le regard du gone
Qui écrit cette chanson.

Je veux dire en cela
Ouvrez tout grand vos yeux
La vieille djellaba
Ecorce de bon dieu
C’est l’amour d’un soldat
Qui déteste la guerre
C’est ton coeur quand il bat
c’est l’âme de ton grand père

S’il vous plait messieurs dames
Arrêtez de mentir
Mourir n’est pas un drame
S’exiler c’est mourir
Le mot intégration
Est un mot de raciste
Cette terre c’est ton nom
Ta joie et ton supplice.

Et ne l’oublie jamais
ce vieux en djellaba
Il est porte-secret
Il est ton vrai combat
Moi qui suis né d’ici
Qui m’en vais voir ailleurs
je porte son Algérie
Comme on offre une fleur.

P’tit gars dans ta banlieue
N’oublie pas ton histoire
Un jour on devient vieux
Un jour il se fait tard
La vieille djellaba
C’est tes yeux merveilleux
N’oublie pas petit gars
Tu es l’eau et le feu.

Et le vieil homme se lève
Tourne le dos à la mer
Marseille se réveille.
Il commence à se taire.
La vieille djellaba
Portée par le soleil
Le ciel de haut en bas
s’éclaire un arc en ciel

Surtout ne l’oublie pas
Surtout ne l’oublie pas
Surtout ne l’oublie pas

J.M. Le Bihan

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30 mars 2006

Regarde-toi

Et les jours passent et les jours vont
La vieille femme en robe sombre
Regarde rire les jeunes gens
Elle va la vie avec le temps
Elle va la vie avec le temps.

Que croyais-tu toi la jolie
Toi la si belle qu'aimais la vie
Que l'on pouvait garder toujours
Tous ses beaux traits désir d'amour
Tous ses beaux traits désir d'amour.

Tes courbes fines se sont voilées
Les rides creusent ta beauté
Tes yeux blanchis par la tristesse
Des jours d'ennui longs, sans tendresse
je sais c'est dur quand dans la glace
Ne reste plus de son visage
Qu'une peau lourde comme le temps
Sont durs les jours sans sentiments
Sont durs les jours sans sentiments.

Pourquoi vas-tu la tête basse
Pour fuir le temps et tes angoisses
Ne peux-tu pas un seul instant
Te regarder bien au dedans
Te regarder bien au dedans

Te reste encore de si beaux traits
Là où tu ni regardais jamais
Ecoute ton coeur il bat toujours
Te reste encore un peu d'amour
Te reste encore un peu d'amour.

Alors lève-toi, ouvre les yeux
C'est la grande fête le ciel est bleu
C'est la chanson de ton jeune temps
On ne fâne jamais au printemps.
Alors pourquoi tu fuis la vie
Alors pourquoi vivre d'ennui
Chasse la mort, regarde-toi
Te reste encore beaucoup de joie.

(J-M. Le Bihan - D.Pardo/P.Allano)

Lyon, février 1973.

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Le souvenir d’Hélène

Je cherche dans le noir le Souvenir d'Hélène
je le cherche chaque soir quand mon coeur est en peine
Nous étions deux amis que le temps n'a tués
Nous étions deux amis, je crois que j' l'ai aimée.

Je recherche souvent le Souvenir d'Hélène
Tous ceux qui me sourient se moquent par derrière
Elle, c'était en mon coeur ma joie, mon espérance
Elle, c’était le bonheur que l'on rêve à vingt ans.

Je recherche à présent le Souvenir d'Hélène
Et que passe le temps, et que s'enfuit Hélène
je suis seul exilé, je suis loin de la terre
je suis dans le quartier des sentiments blessés.

Et demain si je meurs au petit cimetière
Ma tombe sera fleur de neige par l'hiver
J'aurai face à la mort sur mes lèvres humides
L'appel de mon coeur réclamant son sourire

Je recherche ce soir le Souvenir d'Hélène
Car je me sens si seul face au noir qui descend
A mes yeux accrochées les perles de l'ennui
je suis un écolier qui se cherche un ami
Un ami...

Lyon, juin 1974.

(J.-M. Le Bihan - D. Pardo)

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29 mars 2006

Chanson surréaliste

C'était un joyeux C.R.S.
Qui avait refusé d' charger.
Il n'aimait pas botter les fesses
des étudiants, des ouvriers.
Pendant que ses copains chargeaient,
Il s'en était allé pécher,
dans la rivière du poisson frais,
Loin de la ville et des casse-pieds.

Le vent taquinait sa casquette,
Les oiseaux chantaient pour lui seul.
II avait une âme de poète,
Sans prétention et sans orgueil.
Un C.R.S. au coeur d'artiste,
C'est à faire rire un poulailler.
Pourtant, parole de moustique,
II était plus doux qu'un baiser.

Quand il attrapait un poisson,
Il le relâchait aussitôt
En lui disant "Sauve toi mignon
Retourne faire des ronds dans l'eau."
Plus gosse qu'un gosse, c'est pas banal
Quand il s'agit d'un C.RS.
Pourtant parole de journal
II était plus doux qu'la tendresse.

La ville se tordait de violence,
Les C.R.S. qu'aimaient charger
Matraquaient, bourrés d'inconscience,
Les étudiants les ouvriers.
Une véritable boucherie,
Coups de matraque et coups de pieds.
Pouvez me croire, parole d'ami,
Un vrai massacre à bon marché.

Loin d' la bêtise, le C.R.S.
Qui avait refusé d' charger,
Roucoulait de joie et d'ivresse,
Au bord de l'eau endimanchée.
II faisait des vers dans sa tête,
De quoi faire rire un arsenal,
C'est vrai parole de muette,
Il était plus joyeux qu'un bal.

Le soleil qui clignait de l'oeil,
Lui indiquait l'heure de rentrer,
II bourra ses poches de feuilles,
Son revolver et ses souliers.
Il voulait ressembler aux arbres,
C'est à chausser un va-nu-pied,
Pourtant, parole de gendarme,
II finit par leur ressembler.

Mais sur le chemin du retour,
II croisa des manifestants,
Qui s'en revenaient du faubourg
Où l'on faisait couler le sang.
A le voir seul, ils l'empoignèrent,
Le massacrèrent avec plaisir.
Pourtant, parole de mystère,
II était doux à en mourir.

Ils le laissèrent dans les feuillages
Sa tête baignant dans son sang.
II referma ses yeux sans rage,
Conscient de mourir non violent.
Un C.R.S. qui meurt conscient,
C'est à faire rire un monde entier.
Pourtant parole de croquant,
II est mort sans arrière-pensée.

La morale de cette histoire,
Elle n'a pas de moralité.
Ce n'est pas une chanson à boire,
Même pas une chanson à chanter.
Si tu as l'esprit de justice,
Si faire le bien est ton désir,
Ne t'engage pas dans la police,
'T'es pas payé pour réfléchir."

C'était un joyeux C.R.S.
Qui avait refusé d'charger,
II n'aimait pas botter les fesses,
Des étudiants, des ouvriers.
Pendant que ses copains chargeaient,
II s'en était allé pécher,
Dans la rivière du poisson frais.
Loin de la ville et des casse-pieds.

Bruxelles, mars 1977.

(J-M. Le Bihan - D. Pardo)

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Lettre enfantine

Je voudrais ta tête sur mon épaule,
je voudrais te serrer contre moi,
ne plus jouer quitter le rôle,
pour te connaître devenir toi.
Je voudrais traverser la terre,
tenir ta main et la serrer,
foutre en l'air toutes les frontières
qui nous empêchent de nous toucher,
Je voudrais te parler sans cesse,
pour mieux t'entendre, t'écouter
réhabiter à ton adresse,
ne plus jamais te voir pleurer.

Je voudrais toute la tendresse,
tous les frissons te les donner,
faire partie de toutes tes détresses
celles que tu as gardé cachées,
je voudrais les mots pour te dire,
une symphonie un opéra,
en des milliards d'éclats de rire,
te redonner un peu de joie.

Je voudrais faire le pitre,
un musical à moi tout seul,
écrire un livre sans chapitre,
avec toi me soûler la gueule.

Je voudrais qu'on tombe dans la boue,
que l'on s'enlace comme des enfants,
qui en ont marre d'être debout,
de dire merci à leurs parents.

Je voudrais faire le con à la messe,
tirer le diable par la queue,
et dire des mensonges à confesse
et me refoutre du bon Dieu.

Je voudrais arrêter les heures
et redevenir tout petit,
je voudrais toute la chaleur
et rester toujours ton ami.

Je voudrais réchauffer l'hiver,
marier l'automne et le printemps
et monter dans ta montgolfière,
s'envoler jusqu'au firmament.
Je voudrais que tu sois Don Quichotte,
je te suivrais comme Sancho,
preux chevalier chausser tes bottes
pour voir le Kilimandjaro.

Alors on traverserait la plaine,
jusqu'à épuiser nos chevaux
et tu deviendrais capitaine
sur le plus joli des bateaux.
Je voudrais des fées, des sorcières
et des dragons crachant le feu,
vivre enfin toutes nos chimères
et ne jamais devenir vieux.
Je voudrais le mal qui te fait mal,
le prendre en moi pour le détruire,
ne plus jamais te voir souffrir.
J'ai des sanglots qui me frissonnent,
je veux pas être fort, je veux pleurer,
comme personne,
pour que tu puisses me consoler.
Je voudrais devenir ton gavroche,
guetter tes pas comme un bonheur
je voudrais redevenir ton mioche
et t'appeler parce que j'ai peur
Papa je veux pas que tu meures.

Je te revois dans la cuisine silencieux et bougon,
boire ton café, fumer tranquille,
transistor et informations,
tu te levais comme tant d'autres,
cinq heures du mat et sans frisson,
chaque matin comme les autres
tu te lavais sans illusion.
Je te revois dans le couloir
mettre ta veste et ton béret,
ouvrir la porte et tous les soirs
fatigué tu nous revenais,
j'entends encore ta mobylette,
l'hiver brouillard et puis l'été
tes pas résonnent dans ma tête,
je t'ai toujours vu te lever.
Je t'imaginais à l'usine,
blotti dans tes arrière-pensées,
au nom de ceux qui nous dominent,
tu t'es abîmé la santé.
Tu as vécu en solitude,
tu nous as dit si peu de mots,
et toutes ces putains d'habitudes,
qui te faisaient courber le dos.
Toutes ces heures sans importance,
qui font la vie des petites gens,
tous ces lundis, tous ces dimanches,
tous ces mariages, ces enterrements,
tu as trinqué au quotidien,
au jour foutu, au jour meilleur,
même si ta vie ne sert à rien,
elle est ma force et ma grandeur.
Tu as trimé mon petit père,
tu as souffert bien plus que moi,
je suis ton fils et j'en suis fier,
oh non I je ne t'oublierai pas,
je cherche encore pour te décrire,
je cherche au ciel de mes pensées,
quelques images des souvenirs,
je cherche encore à te parler.
Qui étais-tu soleil dans l'ombre
paysage de mon enfance,
ton doux regard parfois si sombre,
dis-moi Papa à quoi tu penses.
J'ai des sanglots qui me reviennent,
tu sais Papa, je t'aimais bien,
et ces sanglots quant ils me viennent,
ce sont des cris de petit chien.
On comprend mal quand on est môme,
pourquoi le Père rentre trop tard,
on se bat contre le fantôme
d'un homme qui cache son cafard.
Je voudrais monter sur une montagne,
parler aux arbres, cracher au ciel,
je voudrais revoir ta Bretagne
et m'endormir à côté d'elle.
Je voudrais foutre le feu aux usines,
car elles t'ont déchiré la peau
hurler cette guerre d'Indochine
qui a blessé tes yeux si beaux

Papa je veux pas que tu meures !

Je voudrais changer le monde, le monde entier,
que les gens comme toi on les respecte,
combien sont-ils à travailler
pour quelques-uns qui font la fête,
je voudrais te voir heureux,
te voir faire la grasse matinée,
je voudrais qu'au fond de tes yeux
renaissent de belles journées.
Tu sais Papa je t'ai souvent regardé
et sans rien te dire,
je voulais t'aider,
mais il faut grandir.
Je t'ai craché à la figure
des mots d'adolescent perdu,
tu sais Papa je te le jure,
tous ces mots-là ont disparu,

je veux pas que tu meures.

Tu étais seul toute ta vie,
les enfants, les devoirs,
les fins de mois, tous les soucis,
la Mère souvent qui en a marre.
Les déménagements
les engueulades et le désespoir
tous les après licenciements
une autre place et puis l'espoir,
mais toi tu t'étais mis à boire
comme pour aborder quelque part,
comme pour aborder quelque part
Papa je veux pas que tu meures,
je veux pas que tu meures

Pourtant il y eut tellement de joie,
des jours à faire péter la terre,
des jours à réveiller les gens,
à déterrer les cimetières,
tout me revient; mes frères, mes soeurs,
et toi jouent de l'harmonica,
on te disait "vas-y Papa",
tu nous jouais "le dénicheur", c'était ça le bonheur !
Je me souviens c'était Noël
et tu décorais le sapin,
on aurait dit un arc-en-ciel
qui s'était posé sur tes mains,

ah ! l'harmonica,
il nous faisait faire le tour du monde
avec des histoires de marin,
on apprenait que la terre est ronde,
on se baladait dans tes embruns,

c'était ça le bonheur !
Tu soufflais dans l'harmonica
et ma mère valsait sur la table
le petit vin blanc, la Paloma
et d'Amsterdam à ta Bretagne
on voyageait sans un centime,
on frissonnait en roses blanches
on s'étoilait en puits de Chine,
c'était tous les jours dimanche,

ah ! le bonheur,
tu sais Papa quand la vie me fragile,
je pense à ton harmonica,
je veux pas que tu meures !

Et face à la mort comme des dingues,
on va chanter, on sera bien,
tu craches au cul de ton cancer
il n'est pas fini ton chemin.
Face à la mort mon petit Père,
faut te lever comme un matin.
Je veux pas que tu meures !

Faites silence s'il vous plaît,
pas de cimetière, pas de curé,
mon Père la mort il la déchire
et tant pis pour les chrysantèmes,
les croque-morts n'ont rien à dire,
l'harmonica va rechanter,
je veux pas que tu meures !

Allez lève-toi mon petit Père,
je veux te serrer contre moi,
je veux serrer le monde entier,
je t'en supplie ne t'en va pas,
j'ai tant besoin de te parler,
je veux ta vie comme elle est,
ne rien changer dans la maison,
j'accroche à mon coeur ton portrait,
je redeviens petit garçon,
je voudrais pour toi toutes les étoiles
je voudrais pouvoir te câliner,
je voudrais plus que tu sois mal,
je voudrais avoir le droit de t'aimer,
c'est con la vie comme tu disais,
la tienne s'en va vers quel pays,
la tienne tu vois moi j'y tenais,
je voudrais la garder ici
Papa je veux pas que tu meures,
je veux pas.

Et ton voyage solitude
te conduit jusqu'à l'hôpital,
pour toi la vie redevient rude
pourtant tu n'as rien fait de mal,
la maladie bouffe ta gorge,
tu affrontes l'opération,
restent tes yeux qui interrogent
je te regarde plein d'émotion,
ça me fait chialer, ça me fait mal,
je voudrais gueuler des mots banals
que l'on crie quand on a mal,
Tu as jeté tes cigarettes,
tu n'avaleras plus de fumée,
tu regardes pas la fenêtre,
tu te recroquevilles dans tes pensées.
Tes mots s'éteignent devant nous,
tu ne joueras plus d'harmonica
pourtant tu resteras debout.
Faut pas que tu meures ! Faut pas.

Mais tu m'écris sur ton ardoise,
c'est les dimanches qui sont longs
et peu à peu tu apprivoises
les nuits qui viennent les jours qui vont.
Dans cette chambre d'hôpital
je repense à toute ta vie,
Tu te bats seul ça me fait mal ;
je quitte l'hôpital le ciel est gris.
Je veux briser ton silence,
te couvrir d'étoiles de mer,
fermer la porte de ta chambre,
que tu fasses l'amour à ma Mère.
Je veux pas que tu meures !

Je voudrais vous regarder danser
champagniser tous vos regrets,
je voudrais que tu puisses parler
pour que l'on sache qui tu étais !
Je veux pas que tu meures !

Je voudrais réveiller les voisins
et faire la fête jusqu'à tomber,
je voudrais tes histoires de marins,
dans tes embruns revoyager.
Je voudrais ta tête sur mon épaule,
je voudrais te serrer contre moi.
Je veux pas que tu meures !
Je ne veux pas !
Parce que je t'aime !

migrateurlebihanjpg

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28 mars 2006

Angoisse de vivre

Dans les bistrots, les hommes à bout de souffle
Brûlent leur vie en quelques cigarettes.
Dans ce monde où les sentiments s'essoufflent,
La liberté vit dans une oubliette.
Dans les bastringues, les humains se déglinguent
Buvant un vin qui n'a plus aucun goût,
A chaque verre, c'est un coeur qui se flingue
C'est un passé qui pisse de dégoût.

Dans les troquets, on maquille sa détresse
En bouteille d'alcool pour oublier,
Que lorsque les sentiments les délaissent.
La solitude baise avec les paumés.
Aussi vrai que quand on est seul,
On reste au bar à toujours espérer,
Un regard profond qui console,
Un pauvre chien qui veut bien vous aimer.

Et dans les bars l'humanité s'effeuille,
Un jour peut-être, elle refleurira.
Dans la fumée, la rancoeur se dégueule
C'est elle qui crève nos coeurs au combat.
Vieux refoulés lorgnant encore les fesses,
De quelques vieilles qui s'en vont faire pipi
Ils étaient prisonniers dans leur jeunesse,
Mais ils le sont encore plus aujourd'hui.

Les bistrots sont le corbillard du peuple,
On y joue ce que l'on perd au tiercé.
Dans les villes nos sentiments se dépeuplent,
La chair se vend toujours à bon marché.
Et les vieillards se parlent sans comprendre,
De ce monde qui a beaucoup changé.
II ne leur reste plus rien à défendre,
Leur idéal est mort et enterré.

Oh mon amour, raconte moi l'histoire
De cet enfant qui voulait tout aimer,
La terre entière est un grand abattoir,
Et les victimes sont de tous les côtés.
Raconte moi, ce qui fait que l'on s'aime,
Dans ce grand monde où tout est violenté.
Moi, j'aurais voulu t'écrire un poème,
Qui n'en finit jamais de commencer.

Et dans la nuit je cherche ton visage,
je t'appelle mais tu ne réponds pas.
Dormir ensemble est un très long voyage,
Qu'on fait à deux, solitaire chaque fois.
Mourir d'amour est-ce encore possible ?
Oh mon amour, mon amour réponds moi,
Est-il possible de toucher l'impossible ?
Notre enfant, je sais il le touchera.

je cherche un mot pour comprendre mes frères,
je cherche un mot que je ne trouve pas.
Peut-on s'aimer par delà les frontières.
Mettre une fin à tous nos combats.
J'ai vu des vieux crever sans espérance,
Une jeunesse se traîner à genoux.
Vivre d'amour est notre seule chance,
Vivre d'amour et sortir de chez nous.

Dans les bistrots les hommes à bout de souffle,
Brûlent leur vie en quelques cigarettes.
Chaque fois que mes sentiments s'essoufflent,
je vais mourir là où les gens font la fête.
Notre vieux monde sonne le glas,
Et je pense à notre enfant qui s'endort.
Son corps fragile entre tes bras,
Amour, ce qui est important c'est de l'aimer
toujours plus fort,
Plus fort !

(J.-M. Le Bihan - D. Pardo/B.Giguet)

Lyon, mars 1978.

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Les rues du désert

Les rues sont désertes et les gens sont muets
Et le coeur des enfants sanglote en rêvant
L'ennui peu à peu envahi nos âmes.
II est aussi dur d'être un homme qu'une femme
Puisque nos amours distillent la faiblesse
Et que nos mariages ont des relents d'église
Puisque le monde adulte refuse la tendresse
Puisque nos coeurs sont sourds et nos nerfs sont en crise

Je pars, ami je pars !
Chevalier errant au hasard
D'une rencontre, d'un sourire
Ou d'un regard.
Ermite sans croix
Prophète sans prophétie
Père Noël d'espoir
J'enfante la folie !

Les gens déambulent meurtris de solitude
Chaque jour qui passe est un jour sans passion
Malgré leur confort et toutes leurs habitudes
Chaque jour qui passe est un jour en prison
Ils traînent leurs chaînes résignés et sans vie
Ceux qui luttent encore sont traités de pauvres fous
Pourquoi suis-je né, dites moi qui je suis ?
Et mourir d'espérer, mais le monde s'en fout, s'en fout!

Je pars, ami je pars !
Chevalier errant au hasard
D'une rencontre, d'un sourire
Ou d'un regard.
Ermite sans croix
Prophète sans prophétie
Père Noël d'espoir
J'enfante la folie!

Qu'il est doux de vivre fou
Même s'ils ont peur de toi
Qu'il est doux de vivre doux
Même si cela ne se fait pas
Même si cela ne se fait pas.

Les enfants de l'espoir nous crient qu'il faut y croire
La vie ne se vit pas ivre mort au comptoir
Et nos rêves parfois deviennent réalité
Et à force d'y croire on finit par gagner.

Spy, février 1980.

(J.M. Le Bihan - D. Pardo)

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27 mars 2006

Silence

L'eau molle avance comme une morte
Rasant les prés, les murs de pierres noires
Elle ne chante plus, elle bougonne
Le ciel avec elle n'a plus rien à voir.

Purin nacré de poissons pourriture
Une odeur de crevé vous prend jusqu'à la moelle
A la contempler on la sent sans nature
C'est un chiotte publique ! et non plus une étoile.

Pour de l'argent les fleuves meurent
Y'a plus de mer, y'a plus de lac
Sur lesquels tranquilles se berçaient des pécheurs
Y'a plus qu' la merde que les gens jettent en vrac!

Et moi je chiale comme un pauvre type
Sur ce corps décomposé que l'on ne connaît plus
je chiale comme un enfant seul devant un public
Qui rit de me voir triste et qui se trouve beau.

Y'a plus de mer, y'a plus de lac
Y'a plus de choses à contempler
Y'a plus qu' les gens et leurs grimaces
Y'a plus de poète pour rêver
Silence!

Lyon, sur les bords de Saône, juin 1973.

(J-M. Le Bihan - M. Rampillon/B. Guiguet)

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L'homme blessé

Moi, je suis l'hiver au fond du quartier,
Vieux loup solitaire, coeur abandonné,
Je marche de travers, ça m'fait tituber,
Je regard' par terre pour n'plus regarder.

R. Dès la nuit tombée,
Je hante les rues,
La vie m'a blessé,
J'attends qu'ell' me tue.

La nuit m'appartient, je la connais bien,
EII' se donne à ceux qui vont sans matin,
EII' rit comme elle pleure, brave citoyen,
Si ell' te fait peur, reste dans ton coin.
R

Vous me dites fou, pauvre et sans raison,
Je n' suis pas comm' vous, vous avez raison,
J' n'aim' pas vos sourir's, car ils sont moqueurs,
Gardezvos plaisirs, je gard' ma douleur.
R.

C'est vrai, vos enfants sont déjà comm' vous,
Ils rient méchamment, me jett'nt des cailloux
Je les laisse faire et j'essuie mon sang,
J'ai mal dans ma chair mais je serr les dents.
R.

Et la société, si ell' se protège,
Fausse liberté, tu es pris au piège,
Tu vis à crédit, tu travaill's pour elle
Tu n' peux plus t'enfuir, car ell' te surveille.
R.

Je crach' ma misère, je piss' sur tes murs,
Je fais tes poubell's, je bout tes ordurs,
Je ne suis qu'un rat et je mords tes chats,
Si tu me salues, je n' te salue pas.
R.

Je suis moins qu'un chien, moins qu'un cimetière,
Je suis moins que rien, garde tes prières,
Tes mots militaires ne me font pas peur,
Arme ton fusil et tire en plein coeur.
R.

Je suis ta conscience, j' te crois'tous les soirs,
Je suis ta souffrance, je suis ta mémoire,
Tu baisses les yeux rien qu'à mon regard,
Mèm' si tu m'en veux, je suis ton miroir.
R.

Un' fillette, dans la ruell', joue à la marelle.

J.M. Le Bihan

Posté par elcapistrano à 19:39 - Jean-Marc Le Bihan - Commentaires [2] - Permalien [#]